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le 18e et dernier volume de Sīrat al-Malik al-Ẓāhir Baybarṣ selon la recension damascène, édité par Georges Bohas et Iyas Hassan. Ce volume présente 472 pages et contient, outre l’introduction, le résumé des volumes précédents, le lexique et la liste des personnages secondaires, dix-neuf chapitres qui clôturent le récit entamé par le conteur quelque six mille pages plus tôt, et le travail patient que les éditeurs avaient débuté il y a vingt-deux ans.
Le « Chapitre du martyr d’Arnous » se poursuit ici avec des scènes évoquant la lointaine tragédie de Karbala, installant d’emblée la perte et la vengeance comme thématiques principales de ce dernier volume. Le conteur ne s’interdit toutefois pas, çà et là, quelques détours, comme s’il tentait une dernière fois de repousser la fin de son histoire. À peine après avoir enterré Arnous à Damas, le voici qui nous apprend l’apparition de trois autres de ses magnifiques enfants métissés, nés de ses aventures érotiques en terre ennemie ; dans le « Chapitre de l’Île-aux-Filles », il s’amuse à conter les pérégrinations des derniers survivants des petits-fils de Ma‘rouf fils de Jamr, dans des contrées dominées par sept princesses franques à la beauté assassine et aux chevauchées sensationnelles. Il ne tardera cependant pas à retrouver son fil conducteur quand surgissent de la marge de ses récits, comme pour le rappeler à l’ordre, les derniers signes de la mort du Pape Jawan, annoncés déjà au début de la Sīra. Pas d’échappatoire à la prophétie : au bord du fleuve Lycus au Liban, le Monastère des Statues s’effondre, pendant que la narration continue à se détacher de l’Histoire et à abuser allégrement de sa chronologie. Les armées de Baybars atteignent ainsi le cœur de Byzance dans le « Chapitre de la conquête de Constantinople », avant de conquérir le Vatican. Jawan se fait enfin capturer : dans la dernière scène épique de la Sīra, il est supplicié au Caire où son corps est découpé en autant de morceaux qu’il y a de jours dans une année. Sur la seule dent qui restera de ses cendres, les Francs construiront une église à Malte nommée Sinn Jawan… et voici dévoilé le secret de la ville de Sann Ġwann que seul le conteur damascène détenait ! Le principal moteur de la narration n’est plus. Les héros sont au chômage. Le plus rusé des hommes, le sultan Shiha, ainsi que l’invincible roi Baybars meurent dans deux scènes aussi froides que le poison qu’ils ingèrent docilement. Les suit Ibrahim Rempart-des-Pucelles que seule la vieillesse réussit à vaincre, pendant que la terre recrachait, sept fois, le corps de l’émir Qalwoun, le punissant de sa cupidité et de ses mille et une trahisons. Et puisque la Sīra n’est pas seulement la Vie de Baybars mais est avant tout l’histoire rêvée du Levant, le conteur n’arrête pas son récit à la mort des protagonistes. Il poursuit avec leurs jeunes successeurs, dans de brefs chapitres finaux où les derniers États latins d’Orient tombent les uns ap