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Construit en trois parties, comme Éparpillements (éd. isabelle sauvage, 2017), Swifts en est selon l’autrice le jumeau, mais aussi une suite, au sens musical, une variation sur les mêmes motifs, avec toujours cette même attention aux choses, à la nature, aux bêtes… Le mot anglais swift (en français martinet) dit à la perfection tout à la fois le vol, la trace, la promptitude, le son que produit dans l’air le passage de l’oiseau, mais aussi son sifflement strident si caractéristique — « leurs longs sifflets s’entrecroisent en filets / seul sillon à l’écoute / hauts fins filants ». Les swifts « volent au travers du corps », restent constamment en vol, plongent mais ne se posent : ils ne pourraient plus repartir — « car je n’en ai pas tenu dans ma main / je sais que s’ils tombent ils ne sauraient se relever ». Comme les mots ? « la parole attendue ne vient pas / les mots tombent en avant de la bouche / par terre ». Mais « il existe une autre langue / que je ne parle pas / qui s’apprend / (je l’approche dans le vent) ». Il faudrait donc pouvoir se taire — « car si une parole sort / un silence doit souffrir » — ou « parler la langue des swifts », « la langue de la chienne », « la langue de la laie », la langue des bêtes en somme, une langue qui s’apparenterait au silence, « un silence qui n’a pas peur du silence », une langue du silence qui rassemblerait hommes et bêtes « tandis que la parole nous coupe ». La chienne, les sangliers, les swifts, le jardin aussi, disent tous ce silence, les gestes du silence, une langue du silence à opposer au silence du père, à cette langue paternelle devenue incompréhensible — « car que peut-on dire quand on ne parle pas la même langue / dans la même langue ». À la recherche de cette langue du silence, le texte de Camille Loivier avance par répétitions, reprises ou allitérations, se bat « avec le tourbillon qui écrit » pour finir par écrire le silence même, que ce silence demeure écrit et n’encombre plus la bouche, ne l’asphyxie plus — « ce qui occupe la bouche en sa cavité profonde / est un mot que l’on cherche et qui ne vient pas ». Dire enfin « (qu’écrire redonne vie et ne la retire pas) » et aussi, simplement, retrouver la « joie qu’apporte l’animal sauvage chaque fois qu’on le croise ».