Ce numéro est consacré à la question du symbole qui, souvent envisagée dans
ses aspects sémiologiques, sémantiques et esthétiques, l'est ici dans sa dimension
sociale et culturelle - renouant ainsi avec la signification originellement sociale du
terme, qui désigne un objet brisé dont deux individus se partagent les fragments
au terme du contrat conclu afin de se reconnaître au terme de la quête qui les
séparera.
Il s'ouvre par la traduction d'un texte de George Herbert Mead de 1922, «Un
compte-rendu behavioriste du symbole significatif». Il y récapitule les lignes de
force de sa psychologie sociale, montrant les conditions sociales de l'émergence du
soi, soulignant l'importance de la communication sociale et du symbole significatif,
et redéfinissant l'activité de pensée comme relation du comportement à l'environnement
; critiquant la psychologie des peuples de Wundt, il retrace l'origine
de la communication à partir du jeu des gestes sociaux ; il y assume enfin un behaviorisme
social bien distinct du behaviorisme réductionniste de Watson.
Dans «L'Einfühlung comme symbolisme», Mildred Galland-Szymkowiak envisage
le lien entre symbolisation et intersubjectivité à partir des théories de
l'Einfühlung développées en Allemagne à la fin du XIXe siècle. Cette notion naît
d'une préoccupation esthétique - comprendre le processus par lequel un sens émotionnel
est attribué à des formes inanimées et abstraites - avant de servir, chez
Lipps, à élucider le caractère immédiat, originaire et paradoxal de notre expérience
d'autrui.
Puis Laurent Perreau expose, dans «Symboles et monde de la vie», les principaux
éléments de la sémiologie phénoménologique d'Alfred Schütz, analysant
plus particulièrement en détail sa théorie du symbole et de l'activité de symbolisation,
qui occupe une place centrale au sein de l'analyse descriptive des structures
du monde de la vie quotidienne.
Fuyant le nazisme, Cassirer et Lévi-Strauss se sont côtoyés au Cercle de Linguistique
de New-York où, avec Jakobson, ils contribuèrent à la revue Word par
des articles fondateurs du tournant structuraliste des sciences humaines. Dans «De
la Philosophie des formes symboliques de Cassirer à l'Anthropologie structurale de
Lévi-Strauss», Muriel van Vliet compare leur approche de la culture, analysant le
passage de la forme a priori kantienne et de la Gestalt goethéenne à la forme symbolique
et à la structure - l'oeuvre de Cassirer préfigurant l'anthropologie structurale,
et le Finale de L'homme nu jetant une lumière sur le système dynamique de
Cassirer.
Faisant retour dans «La réalité symbolique du social» sur le débat entre Sartre
et Lévi-Strauss, Gildas Salmon s'intéresse à la Critique de la raison dialectique, lue
comme une déconstruction de l'objectivisme sociologique hérité de Durkheim :
pour dissoudre la réalité sociale dans l'action politique, Sartre fait une lecture existentialiste
des Structures élémentaires de la parenté. Ce à quoi Lévi-Strauss répond
que le modèle saussurien du signe permet une objectivation non réductionniste des
faits sociaux et de l'esprit humain.
Bourdieu a conféré au pouvoir symbolique un rôle central dans l'analyse de la
société : il peut exercer une véritable domination qui s'ajoute à ses autres formes,
souvent en leur conférant une légitimité. Après s'être interrogé sur sa nature, Bruno
Ambroise pose, dans «Le pouvoir symbolique est-il un pouvoir du symbolique ?»,
la question de savoir si et comment il est possible d'échapper à son emprise.
D. P
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