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« Plus profond que de le dire » : quelques commentaires en guise de préface.
Dans son recueil A deux pas de moi, Patrick Simon a partagé avec ses lecteurs des haïkus qui démontrent bien une « évocation subtile du présent, une sensation très concrète ». Mais déjà dans ce livre-là quelques tankas prirent leur place quand le poème conçu par le moment vécu exigeait aussi un écho d’émotion. Maintenant, dans Tout proche de moi, le poète nous offre tout un recueil de poèmes qui s’apparentent à cette forme japonaise lyrique si ancienne. Le poète se promène autant dans les rues de sa ville adoptée que dans celles de ses voyages. Souvent il y apporte les sentiments de l’émigré français, comme ici :
Malgré la brise les trottoirs de Montréal sentent tabac froid
sentes des monts de Moselle ton parfum manque encore
Sa nostalgie ne vise pas uniquement la France, mais aussi sa famille :
Les dernières feuilles balayées par le vent froid s’éloignent. Mais où ?
anniversaire du père toujours aussi éloigné Ses voyages aussi se retrouvent dans ses vers, depuis les villes d’Europe jusqu’aux plages de Cuba.
Un miroir en main elle se cherche encore marchant dans la rue
elle parmi tant d’autres – Amsterdam dans la nuit
Les cafés de Montréal semblent privilégier l’inspiration. Ce poème montre aussi la dextérité verbale tant estimée par les poètes japonais classiques :
Cour à l’arrière et boire son café là courtoisie du temps
trois filles de leurs regards courtisent ceux qui passent
Les poèmes font allusions à d’autres écrits, musique, littérature. Ici, avec humour, la vie quotidienne domestique devient sublime :
Au bout de mes mains l’aspirateur va et vient avec mes pensées
le Requiem de Mozart nous accompagne aussi
Mais au delà de la simple allusion, Patrick Simon dialogue directement avec d’autres poètes—en tan-renga, le tanka à deux poètes. Il laisse entendre son écho sentimental à travers les siècles, depuis Izumi Shikibu du Xième jusqu’à Takuboku du XXième. Ici, avec un poème d’Issa, les vers ajoutés de Patrick Simon tournent vers le regret :
Une pivoine grande comme ça dit la petite fille ouvrant ses bras - Issa –
et toi tu la serreras la toute dernière fois
Dans son « Introduction au tanka francophone », essai aussi instructif qu’intéressant, Patrick Simon parle d’intertextualité : « Nous sommes là au cœur de l’intertextualité, en tant que dialogue entre les poètes, à l’occasion de voyage ou de rencontre ». Cette intertextualité au sens large serait de la place des tankas modernes dans l’historique très longue de la forme. Il se retrouve bien, dans ses poèmes, « entre le monde et le sentiment humain ». Ainsi, comme biens des poètes du tanka depuis un bon millénaire, il trouve de l’inspiration dans les cerisiers et la lune, si ubiquistes dans la poésie traditionnelle du Japon. Il s’en empare pour ses propres versions de thèmes universels - le temps qui passe et l’amour.