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De l’œuvre très riche de Bernard Mandeville, la postérité n’a guère retenu que la très controversée Fable des Abeilles, qui lui vaut encore aujourd’hui de passer pour l’apôtre du libéralisme le plus cynique. Émilie du Châtelet commencera la traduction de cet ouvrage si décrié sans l’achever et c’est le Suisse Jean Bertrand qui fera connaître Mandeville aux francophones. Deux autres textes suivront : Pensées libres sur la religion (publié en français en 1722) et Vénus la populaire (publié en français en 1727). Mandeville reste donc très imparfaitement connu en France et plus encore ce Traité des passions hypocondriaques et hystériques, seul ouvrage médical de ce médecin philosophe. Son intérêt n’est pourtant pas négligeable dans la mesure où Mandeville y fait entendre un discours pragmatique sur la relation entre le malade et le patient qui place avant tout la parole et le récit de soi au centre du processus de guérison, annonçant la cure par la parole théorisée et utilisée par la psychanalyse. La forme du dialogue ne relève donc pas uniquement d’une stratégie didactique, elle est le véhicule de la cure et la cure elle-même. Le Traité de Mandeville s’inscrit également dans une tradition de réflexion sur la mélancolie qui remonte à l’antiquité mais qui affirme son actualité au XVIIe siècle avec la parution de l’œuvre majeure de Robert Burton (The Anatomy of Melancholy) en 1621, et devient ce « mal anglais » que décrira George Cheyne un siècle plus tard (The English Malady), en 1733, soit trois ans seulement après la seconde édition révisée et augmentée du Traité de Mandeville.