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Si la littérature est le lieu où la réalité se révèle de la manière la plus saisissante et la plus dérangeante, alors ce roman est un grand livre de littérature !
Un juge du régime des mollahs, condamné à perpétuité, écrit en prison : « Je sais que seuls mes crimes importent, mais mon récit pourrait vous aider à comprendre la fabrique des criminels. » Il raconte son enfance misérable, partageant la chambre d’un grand-père moribond dont il est le « garçon-pipi », puis l’amour de sa vie, incestueux mais merveilleux, de la perte duquel il ne se remettra jamais. Pour épuiser sa douleur et sa haine, il s’enrôle à la guerre. « J’étais en guerre contre mon destin, et on me donnait une arme et un champ de bataille. » Adolescent en quête de martyr, il est envoyé dans une école religieuse pour devenir juge et se prend pour le « Talleyrand iranien ». Il décrit les ressorts d’un régime de terreur, de tortures, de trafic d’organes, d’espionnage généralisé… Un incident va l’inciter à rendre visite à une adolescente en prison, puis, en catimini, à 117 autres jeunes et belles détenues. « Le viol me révulsait, me rebutait, vous comprenez ? J’avais besoin d’être admiré. Je leur apportais des plaisirs à hauteur de liberté. Je les traitais comme des femmes courtisées. Je rendais hommage à leur féminité bafouée. » Alors, ce « violeur attentionné et délicat », qui reconnaît avoir condamné à mort des innocents, est-il un bouc-émissaire qui paie pour les crimes d’un régime dont les vrais puissants sont exonérés, ou un monstre manipulateur dont la bonne conscience dénonce encore plus la profonde perversion ? Au lecteur de juger. Peut-on être à la fois victime et bourreau ? On se sent mal à l'aise à ressentir de l’empathie pour ce criminel, voire à s’identifier à lui.